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Hessel/Palestine : diffamation post mortem

, 15:05pm

Publié par Lokidor

Hessel/Palestine : diffamation post mortem

Le texte transmis par le président du CRIF à l'AFP, ainsi que le discours de François Hollande lors de l'Hommage rendu à Stéphane Hessel m'ont fait prendre conscience à quel point certains vivaient dans un mensonge concernant le conflit palestinien. De suite, il m'est apparu que Stéphane Hessel était un enjeu idéologique et que sa mort était l'occasion rêvée pour une diffamation médiatique. Mon indignation grandit particulièrement quand le président de la République parle au nom des français : il ne me représente pas. Je suis totalement en désaccord avec lui. Alors je vais m'exprimer concernant la Palestine, le CRIF et François Hollande.

Analyse du texte du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France)

“Il est de notoriété publique que nous étions très opposés à ses prises de position, notamment à sa volonté obsessionnelle de faire de Gaza l'épicentre de l'injustice dans ce monde et du Hamas un mouvement pacifique"

Notons tout d'abord le contexte (ou la forme) du discours. Le CRIF a dégainé le premier, plus vite que son ombre, de son propre chef sans qu'on lui demande son avis (message transmit à l'AFP), le cadavre encore chaud... Il y avait-il urgence à exprimer ses désaccords si ces derniers étaient de "notoriété publique" ? La réponse évidente est non. On peut donc émettre un jugement négatif à l'encontre de cette intervention : un jugement moral. C'est un non respect du défunt et des ses proches que de le diffamer ainsi. Le CRIF est opposé aux prises de position de Stéphane Hessel. Notez qu'il n'est pas dit "à certaines prises de positions". Autrement dit, le CRIF est opposé à toutes les prises de position de Stéphane Hessel. Une telle opposition peut-elle être rationnelle ? N'est-elle pas "obsessionnelle" pour retourner l'accusation ? Voyez comment le CRIF introduit le cas de la Palestine dans le texte : "notamment ". Ce qui équivaut à prendre un exemple parmi les prises de positions problématiques. Que le CRIF aborde la prise de position d'Hessel sur la Palestine comme un exemple n'est pas crédible. Le conflit idéologique autour de la Palestine est au cœur des préoccupations du CRIF. Donc le CRIF n'est pas sincère. Stéphane Hessel est accusé d'"obsessionnel" dans son combat pour la Palestine. Retournons l'attaque comme un compliment. Je suis heureux qu'un humaniste œuvrant pour la paix le fasse avec obsession. Par contre je suis mécontent que le CRIF qui critiquait Hessel avant sa disparition, le fasse également aussitôt la mort annoncée : je vois là une obsession malsaine qui ne connait pas la trêve. Si Gaza n'est pas “l'épicentre de l'injustice dans le monde”, elle en est au moins un foyer actif que nombreux semblent vouloir ignorer. Stéphane Hessel ne faisait pas du Hamas "un mouvement pacifiste". Le rédacteur ne peut affirmer cela que par mauvaise foi, ou parce qu'il ne sait pas faire la différence entre comprendre et accepter. En effet, Stéphane Hessel disait qu'il comprenait la violence de certains palestiniens mais qu'il la considérait comme inacceptable. Comment voulez vous régler un conflit si vous ne faites pas l'effort de comprendre l'autre, si vous vous contentez de voir l'autre comme un barbare, un terroriste, pratiquement un non être humain ? Un humaniste ne se comporte pas comme cela car il a foi en l'être humain et fait tout pour que l'humanisation progresse. Comprendre c'est expliquer. Cum-prehendere : prendre ensemble. Il s'agit de faire ressortir les relations entre les phénomènes, entre les parties d'un mécanisme, entre une cause et un effet. L'explication peut être froide. Mais lorsque cela touche à la vie et à la mort d'enfants, de femmes et d'hommes, alors nous ne pouvons pas agir comme en laboratoire : il y a une implication, une intention. Voilà pourquoi Stéphane Hessel était vérace. C'est à dire qu'il pensait et voulait dire la vérité. Mais nous verrons qu'il ne se trompait pas.

L'Hommage de François Hollande

L'Etat a rendu un hommage à Stéphane Hessel au travers de notre Président de la République François Hollande. François Hollande n'a pas improvisé son discours : il a soit été rédigé par quelqu'un d'autre ; soit rédigé par lui même. Ce qui est plus sûr c'est qu'il l'a lu et approuvé. Voici l'extrait qui a fait polémique :

« Il pouvait aussi, porté par une cause légitime comme celle du peuple palestinien, susciter, par ses propos, l’incompréhension de ses propres amis. J’en fus. La sincérité n’est pas toujours la vérité. Il le savait. Mais nul ne pouvait lui disputer le courage. »

Stéphane Hessel faisait des choses justes mais pouvait "aussi" faire des erreurs "comme" dans son combat pour le peuple palestinien. Le "comme" est l'équivalent du "notamment" dans le discours du CRIF. Il introduit un exemple. Or j'insiste sur l'évidence que le conflit palestinien ne peut faire figure d'exemple tant il mobilise la communauté internationale et divise le monde. Il est unique. La similitude avec le discours du CRIF est impressionnante. A moins d'être maladroit ou pas “sincère”, on ne peut tenir de tels “propos”. C'est un peu en venir au sujet sans le faire exprès, en critiquant Stéphane Hessel sur ces erreurs globales mais en prenant un exemple précis et très sensible. Du coup, l'exemple devient le sujet principal. A la différence du CRIF, le Président souligne que ce combat était "légitime". D'ailleurs, le combat ou la cause ne pose pas problème. Ce qui posent problèmes ce sont des "propos". Nous ne saurons jamais lesquels précisément. Donc nous retiendrons que François Hollande ne comprenait pas certains propos d'Hessel sur le sujet palestinien : "incompréhension". Selon la définition que nous avons donné du mot comprendre, ceci signifierait que Hollande était incapable de saisir les raisons, les causes et les effets qui menaient Hessel à tenir certains “propos” sur la Palestine. C'est décevant et médiocre de la part du représentant de l'Etat. Cette hypothèse n'est pas crédible étant donné les spécialistes qu'il a à son service et sa formation politique. L'explication est que François Hollande utilise la notion de "compréhension" comme l'équivalent d'acceptation. Exactement, la même lecture que fait le CRIF des propos d'Hessel sur la violence des palestiniens : il interprète comprendre comme accepter (même si Hessel complétait en précisant qu'il trouvait la violence inacceptable). Beaucoup de personnes utilisent ainsi la notion de compréhension ou le verbe comprendre. Comment pourrait il en être autrement puisque c'est la "vérité" même qui est en cause. Hollande ne peut adhérer à ce qu'il considère être faux. Il poursuit en effet par "La sincérité n’est pas toujours la vérité." Nous voilà au cœur du sujet : la "vérité" ou réalité car c'est la même chose. Hollande dit que Stéphane Hessel ne percevait pas la réalité du conflit palestinien. Il avait beau être “sincère”, il se trompait. Autrement dit, Stéphane Hessel était dans la véracité et non dans la “vérité”. Il y a véracité lorsque l'on croit fermement que ce que l'on dit est la “vérité”. Lorsqu'on à l'intention de dire la “vérité”. Mais l'on peut se tromper.... Hessel se trompait donc. Nous aimerions savoir ce sur quoi sa lecture de la réalité du conflit était tronquée. Mais nous ne le saurons pas car la critique reste superficielle : rappelons qu'il ne s'agit que d'un exemple.

N'y a t-il pas contradiction entre le début du discours et la fin ? Au début il s'agit de reproches faits aux "propos"; à la fin il s'agit de la lecture de la réalité du conflit (“vérité”). Donc si on résume : Hessel avait une lecture déformée de la réalité et tenait des “propos” qui témoignaient de cette mauvaise lecture. Néanmoins, le combat qu'il menait restait "légitime". C'est un peu tordu tout ça non ? François Hollande ne pouvait pas faire plus simple ? C'est donc vrai qu'il se déplace comme un crabe ? Puis le discours finit par un hommage à son “courage”. En effet, il en a fallu du courage à Stéphane Hessel pour dire qu'il comprenait la situation des palestiniens et ainsi prendre le risque d'être accusé de soutenir la violence du Hamas. Du “courage” aussi pour affronter la justice suite à son encouragement au boycott des produits fabriqués en territoire occupé : il fût avec ses collègues militants, accusé d'incitation à la haine. Comme si critiquer l'Etat d'Israël était similaire à une critique raciale et/ou anti-judaïque. Penser ainsi ne peut que bâillonner en France la critique de la politique de l'Etat Israélien.

La création d'Israël

Quand on y repense, l'histoire de la création de l'Etat Israélien est incroyable.

L'Occident tue ses juifs et envoie les survivants en Orient. Je dis bien "elle envoie" car beaucoup de ceux qui demandaient refuge aux Etats Unis ou dans d'autres pays européens avaient été refusés d'asile, avec les encouragements sionistes pour qui créer un Etat était plus important que tout. N'ayant aucune considération pour le peuple palestinien, l'Occident ne lui demande pas son avis. Les palestiniens avaient parmi eux des juifs et vivaient en harmonie ensemble mais ils n'avaient pas la possibilité de faire de leur territoire une Terre d'accueil, en tout cas pas d'accueillir autant de réfugiés. Les palestiniens ont été chassés, spoliés, violentés et massacrés : des paysans sans armes contre une armée soutenu par l'Occident dont l'Allemagne en guise de réparation des préjudices causés.

Au fil du temps, la colonisation a augmenté passant outre le droit international. La discrimination aussi. L'Europe regardant passivement l'Etat d'Israël ne pas respecter les décrets internationaux et les Droits de l'Homme. De son côté, le gouvernement sioniste et ses acolytes font tout pour présenter le monde arabe comme proche des idées d'Hitler, anti-judaïque, terroriste, islamiste. Car quoi de mieux que d'accuser son ennemi des pires crimes pour justifier une politique coloniale et d'apartheid ? Quand on veut abattre le chien on crie à la rage. La guerre est aussi une guerre de l'information et de la propagande et... de lobbying auprès des autres Etats.

L'Orient n'a jamais génocidé des juifs ! Les heurts sporadiques ont lieu à cause des divisions et tensions générées par le conflit en Palestine. Ces heurts sont incomparables avec la violence européenne. Et pourtant, l'Occident voit l'anti judaïsme des autres, pas le sien. Et lorsqu’il y a de l’antijudaïsme en Orient, il n'est pas de même nature que l'antijudaïsme européen. Et pendant ce temps là, les Palestiniens ne sont toujours pas reconnu comme un Etat, ce qui ne leur donne pas accès à certains droits.

Tout cela est la réalité, la "vérité" historique et actuelle. Une "vérité" en adéquation avec ce que l'on voit : une "vérité" matérielle. Un peu comme dire qu'il pleut lorsque la pluie tombe. Il semblerait que ni le CRIF, ni notre Président ne voit cette réalité. Ne la voyant pas, ils ne peuvent comprendre les réactions palestiniennes et du monde arabe. A ceux qui vivent sous le seuil de pauvreté, sachez qu'au sommet de la hiérarchie sociale il y a des pauvres d'esprit ! Cela laisse de l'espoir. Michel Rocard a raison lorsqu'il invite les critiqueurs à faire leur "examen de conscience". L'Europe dont la France ont une immense part de responsabilité, sinon la principale.

François Hollande avait pour promesse post-électorale de “soutenir la reconnaissance internationale de l'Etat Palestinien”. François Hollande a donc contribué à ce que la Palestine devienne " Etat observateur non membre" auprès de l'ONU. Une porte s'est ouverte. Hollande aurait été cohérent si il avait soutenu ouvertement la position d'Hessel car Hessel luttait pour la reconnaissance d'un Etat palestinien. Saviez vous que Sarkozy lui même était pour l'obtention de ce rôle d'observateur de la Palestine ? Deux partis opposés se rejoignent étonnement. Je pense que devant la vérité ou réalité ou l'évidence, nous ne pouvons refuser la création d'un Etat Palestinien. Ce faisant, nos dirigeants occidentaux font le strict minimum et suivent le train faisant semblant de le conduire. Mais ils traînent les pieds, pendant que l'Etat d'Israël accélère la colonisation. Parce que l'Etat d'Israël doit envisager le scénario de la pleine reconnaissance d'un Etat palestinien, il se prépare au fait de devoir rendre un jour ce qu'il a volé. Du coup, la stratégie consiste à voler plus pour rendre le moins possible. Le fait de rendre une partie sera tellement applaudit que les applaudissements masqueront l'ampleur du vol. L'Etat d'Israël semble surtout se préparer à un autre scénario : la guerre encore et encore. Hessel disait que Israël ne voulait pas la paix. Tout se passe comme si Israël prolongeait cet état de guerre, voire l'amplifiait, afin de justifier toutes les exactions, le processus de colonisation, le mur de séparation. Stéphane Hessel avait raison.

Lettre ouverte de l'UJFP (Union Juive Française pour la Paix)

Terminons par la "lettre ouverte" adressée à François Hollande par l'UJFP, à propos de Stéphane Hessel. Je passe le rappel du passage du Président, cité plus haut.

« [...] Nous avons voulu dans un premier temps y voir une courageuse autocritique. C’est vrai, il y a encore beaucoup de Français profondément attachés aux droits humains, sensibles aux propos de Stéphane Hessel, mais qui sont restés attachés à une image de l’Etat d’Israël comme Etat des descendants des survivants et victimes du génocide des Juifs d’Europe, et gardant cette image, se sentant parfois coupables de cette catastrophe, ne peuvent imaginer qu’Israël soit coupable de crimes contre l’Humanité. Ainsi, vous auriez reconnu que votre sincérité ne correspondait pas à la vérité, et que aujourd’hui il fallait avoir le courage d’ouvrir les yeux sur la réalité de la politique coloniale de cet Etat, et en tirer les conséquences.

Malheureusement, ce que nous savons aujourd’hui de l’accueil que vous accordez au Président Shimon Peres, criminel de guerre en exercice, nous oblige à considérer que notre interprétation première était mauvaise, et que votre phrase était un misérable coup de pied de l’âne à celui qui ne pouvait plus vous répondre. Proposer ainsi que le soutien sans faille des droits humains, y compris pour le peuple palestinien, aurait relevé chez Stéphane Hessel d’une sincérité sans vérité est de votre part une misérable offense qui ne l’atteindra pas mais ne vous permettra pas de vous situer à son niveau d’exigence politique et morale.

Croyez, Monsieur le Président, à notre indéfectible attachement au caractère universel des droits humains. »

Il n'y a pas que le CRIF en France. Il y a aussi l'UJFP qui mérite d'être davantage connu et écouté : http://www.ujfp.org