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Nabile Ennasri : le vrai du faux et le faux du vrai

, 15:03pm

Publié par Lokidor

Nabil Ennasri

Monsieur Nabil Ennasri, c'est de chez moi, entre deux livraisons, que le Vélorutionnaire que je suis a décidé de prendre la plume pour réagir à la vidéo postée par vous même récemment. Afin d'apaiser les tensions et la passion qui peuvent parfois m'animer, j'écoute l'agréable album Calligraphies Vocales, L'art du chant classique persan. Habituellement je prends le temps d'écrire sur ce blog mais aujourd'hui je ressens l'urgence d'agir vite, car la parole est un acte. Je le fais parce que je ne crois pas que votre intention soit mauvaise. Veuillez donc ne pas considérer mes remarques comme une critique de votre personne mais plutôt comme la critique des idées. Les idées sont moins biodégradables que les personnes. Un être tombe et les idées restent. Et comme disait le rappeur Lillois Lokidor dans les années quatre vingt dix : "Les idées sont dans l'air et s'attaquent aux cerveaux".

Votre intention était de démontrer par A plus B que la "théorie du genre" existe bel et bien, qu'il y a une intention mauvaise de l'introduire à l'école sous couvert de la lutte pour l'égalité, et que tout cela se fait en nous mentant.

Malheureusement, la démonstration est confuse, alors même que vous souhaitez nous sortir de la confusion. Et ceci je vais m'appliquer à vous le démontrer.

"Identité sexuelle" et "identité de genre"

Tout d'abord, vous faites ce que tous les "anti-genre" font. Pour donner la définition de la "théorie du genre" vous passez par un "anti-genre". Une théorie qui existe doit bien avoir une définition citée d'un de ses théoriciens du type : "La théorie du genre c'est (...)" Pythagore peut être cité pour définir le théorème qui porte son nom par exemple. A moins que ce soit parce que cette théorie n'existe que dans la tête des "anti-genre", qu'il n'y ait qu'eux qui puissent la définir.

Isabelle Ami prétend que selon la "théorie du gender", "l'identité sexuelle" n'est pas d'être un homme ou une femme, physiquement parlant (réalité physique), mais de "se sentir" homme ou femme. Ce qui choque beaucoup de personnes est le fait que l'identité puisse être un sentiment. Pourtant, à bien y réfléchir cela paraît normal. L'identité n'est rien sans la conscience que l'on a de soi-même. Et cette auto-conscience bien entendu converse avec la conscience que les autres ont de nous-même. C'est ce qu'exprime le mot "sentiment". Selon Mucchielli, "l’identité est, à un moment donné, la résultante d’un ensemble d’auto-processus (génétiques, biologiques, affectifs, cognitifs...) et de processus (relationnels et communicationnels, historiques, culturels...) formant entre eux un système de causalités circulaires». (Note N°5) Beaucoup de paramètres entrent en jeux dans la construction identitaire mais, au final, tout cela n'est rien sans la conscience qu'on en a. Le fait de "se sentir" comme homme ou femme ne signifie pas l'absence totale de déterminisme physique. Sans ce sentiment, sans cette conscience, l'identité est morte. Elle n'est plus rien.

La Ligne Azur définit "l'identité sexuelle" comme le "sentiment d'appartenir à un genre (masculin, féminin, trans…) sans pour autant négliger les autres facteurs contributifs : " La personne reconnait qu’elle en possède les attributs physiques, psychologiques ou symboliques". (Note N°4) Autrement dit, les "attributs physiques" ne sont pas ignorés contrairement aux accusations faites par les "anti-genre". Et le fait de parler d'un "sentiment" ne signifie pas que le sentiment est le paramètre dominant tous les autres, mais seulement qu'il est le paramètre indispensable à l'existence même de l'identité. C'est de la phénoménologie. "L'identité sexuelle" est complexe et ne se résume pas au fait d'avoir un sexe anatomique mâle ou femelle. Certains semblent vouloir ignorer la complexité.

Les "anti-genre" s'acharnent à nous faire croire que le biologique serait totalement nié. Et pour cela n'hésitent pas à déformer les propos. Par exemple ER sur son site web, feint de reprendre à l'identique les définitions de la Ligne Azur, alors qu'il ajoute que "l'identité sexuelle" est une "caractéristique indépendante" de "Identité de genre". (Note N°3) Ce n'est pas ce qui est écrit sur la Ligne Azur qui définie ainsi "l'identité de genre" : "Sentiment d’être un homme ou une femme. Très souvent, le sexe biologique coïncide avec ce ressenti. Par exemple, une femme au corps féminin se sentira femme. Pour d’autres, sexe génital et identité de genre ne correspondront pas." (Note N°4 à "Identité de genre")

J'insiste encore sur le passage significatif : "Très souvent, le sexe biologique coïncide avec ce ressenti." Ce qui dérange aussi les "anti-genre" est que la coïncidence ne soit pas systématique. Mais la réalité n'est pas forcément conforme à nos désirs. La biologie a montré qu'un individu peut avoir un sexe génétique mâle et un sexe phénotypique femelle. Vu de l'extérieur comme une femme, il peut pourtant se sentir homme.

ER veut faire croire que les partisans de la "théorie du genre" pensent que l'identité sexuelle se choisit. C'est en effet le mot utilisé ("choisie") entre guillemet sur le site ER pour simuler une citation extraite de la Ligne Azur. Je cite : "(...) « l’identité de genre », qui serait déterminée socialement, ou « choisie » (se sentir homme ou femme)(..) " (Note N°3) C'est un double mensonge : on ne choisit pas forcément le sentiment que l'on a d'être au monde ; et le mot "choisie" ne figure pas sur la Ligne Azur.

Pour certains, tous les moyens sont bons pour faire croire ce qu'ils veulent qu'on croit. Qui a le temps de vérifier tout ce qu'ils disent ? Ces méthodes ne peuvent que nous rendre méfiants vis-à-vis d'eux. Tout comme je me méfierai d'un menteur ou d'un voleur. Pourtant, nous allons voir que vous considérez Farida Belghoul comme étant de bonne foi.

Les fameuses cartes postales de la Ligne Azur

Vous appuyez la critique de l'éthique de la Ligne Azur à partir d'un unique argument, selon lequel des cartes postales inappropriées pour des enfants auraient été mises en ligne sur ce site. Or vous vous fondez exclusivement sur la bonne foi de Farida Belghoul. On ne fait pas une démonstration de type mathématique (vous dites "par A plus B") en s'appuyant sur la bonne foi d'une personne, qui plus est, prend partie. Je suis certain que vous n'avez jamais vu, de vos yeux vu, ces cartes postales sur le site en question. Farida vous dit qu'elles ont été retirées. Ceci reste une hypothèse que mon expérience permet de mettre en doute, à défaut de l'invalider. J'ajoute que si l'on extrait des documents anciens de la Ligne Azur, il sera nécessaire de préciser si ils étaient présents avant que l'Education Nationale y orientent les adolescents, ou après.

Au moment de la découverte de ces cartes postales sur le facebook JRE, j'avais été surpris que l'adresse de l'image ne renvoie pas au site Ligne Azur, mais à d'autres sites véhiculant l'idéologie des "anti-genre". Sur la Ligne Azur, j'avais beau cherché, il n'y en avait pas de traces. Alors j'ai demandé à Farida Belghoul (si c'est bien elle qui répond et qui gère effectivement le facebook), de me transmettre le lien direct. Elle, ou son représentant, m'a répondu en message privé que la preuve était que le logo figurait sur ces cartes. Ceci, vous en conviendrez, n'est pas une preuve suffisante car on peut trafiquer une carte en ajoutant un logo. On peut même faire soi-même les cartes et les attribuer à d'autres. Suite à ma demande je me suis vu supprimer la possibilité d'intervenir sur le facebook. Vive la liberté d'expression et le débat démocratique !

Alors j'ai fouillé et j'ai cru comprendre que ces cartes avaient été réalisées dans le cadre d'un concours de cartes postales organisé par la Ligne Azur sur le thème de l'humour. Je fais donc l'hypothèse que les cartes étaient celles de candidats et qu'elles n'avaient pas été retenues, peut être pour des raison éthiques justement. Les cartes visibles sur le site n'ont en effet rien à voir. Sans preuves formelles et dans le doute, il n'est pas correct d'accuser la Ligne Azur. Votre accusation de la Ligne Azur se fonde donc sur un argument non fiable, jusqu'à preuve du contraire. Peut être les concepteurs de ces cartes pourraient-ils s'exprimer ?

Pour être plus juste concernant le public visé par la Ligne Azur et informé par l'Education Nationale, vous auriez pu, non pas uniquement dire que cette ligne s'adresse aux enfants et adolescents, mais qu'elle s'adresse surtout aux adultes. Telle était sa cible à la création en 1997. En 2004 les moins de vingt ans représentaient un tiers des appelants. (Note N°1) Je n'ai pas les chiffres pour les non majeurs mais logiquement ils représentent moins d'un tiers. Le plus gênant n'est pas cet oublie, mais plutôt le fait que vous ne précisez pas que l'Education Nationale informe de l'existence de la Ligne Azur qu'à partir du collège (Note N°2), laissant croire que les primaires et les maternelles seraient également concernés. Vous parler d'ailleurs d'enfants et d'adolescents. De ce point de vue, Farida Belghoul a été plus claire lors de votre entretient. (Note N°7 : 25:15) Vous comprenez : il y a eu tellement de fausses rumeurs, comme par exemple celle selon laquelle on masturberait les maternelles, qu'il nous faut tous être prudents dans ce que l'on dit. Nombreux relaient ces informations de manière parcellaire et réductrice. Dans ces circonstances l'indignation ne peut que s'accroître : plus l'enfant en danger est jeune, plus le crime est grand. Ce qui est tu, est aussi important que ce qui est dit, dans ces circonstances.

"Adultisation" et "adulto-centrisme"

Dans "l'entretien de vérité" avec Farida Belghoul, cette dernière souligne qu'il serait malsain que vous discutiez ensemble de votre identité et orientation sexuelle, et que vous, bien entendu, vous n'en doutiez nullement. Elle en tire la conclusion que ce qui est valable pour les adultes, l'est pour les adolescents. On assiste là à un transfert d'une situation d'adulte à une situation d'adolescent, et non à un effort qui consisterait à comprendre l'adolescent, à se mettre à la place de. Par exemple, vous savez bien, et tous les adolescent le savent, qu'il est plus facile de parler de sexualité à un spécialiste ou à un membre étranger à la famille, que d'en parler avec les parents. Aborder le sujet de la sexualité avec les parents est tabou. (Note N°7 : 25:30)

Tout se passe comme si vous mettiez les adolescents en position symétrique aux adultes. Ce comportement est à rapprocher du processus historique d'"adultisation" ou d'"adulto-centrisme" (expressions de M. Segalen, Note N°8) qui semble s'être amorcé aux alentours de la fin du XVIIIe siècle, milieu du XIXe siècle. En effet, longtemps nous entretenions une sorte d'indifférenciation entre les jeunes enfants jusqu'à environ sept ans. Avant d'être mâles ou femelles, on les considérait comme des enfants. Ceci se voyait dans les jeux et les vêtements qu'on pourrait appeler "unisexes". Puis nous avons voulu que les enfants soient des copies miniatures des adultes, les sexualisant en quelque sorte. L'Etat a certainement une grande part de responsabilité en la matière, lui qui se préoccupait des garçons pour en faire de futurs soldats, et des filles pour en faire de futures mères exemplaires. Mais il y a aussi et surtout le modèle marchand capitaliste auquel nous avons confié nos enfants, et qui a tout intérêt à sexuer et sexualiser fortement la société enfantine dès le plus jeune âge.

  • Les enfants otages de la société de consommation

Aujourd'hui, certains parents habillent leurs gamines de manière "sexy", comme des femmes fatales, des "nouvelles stars", suivant le modèle de la poupée Barbie, symbole par excellence de l'emprise de la société de consommation sur nos enfants. Mais "sexy" pour qui ? Nous précipitons les enfants dans un monde d'adultes, en les considérant essentiellement comme des futurs acheteurs. Ce faisant, nous les sexualisons de plus en plus tôt. Nous raccourcissons l'enfance.

C'est pourquoi, les "anti-genre" se trompent lorsqu'ils en appellent à la tradition. Si ils remontaient avant la Révolution Française, ils se rendraient compte que la volonté, réelle et actuelle, d'assouplissement des frontières de genre chez les plus petits opère une sorte de retour en arrière, qui va vers un plus grand respect du "monde de l'enfant", et met un frein à l'"adultisation" sur-stimulée par le capitalisme : vendre deux fois plus de jouets et de vêtements, proposer deux fois plus de loisirs par une extrême différenciation sexuelle.

Les "anti-genre" fantasment sur la tradition et méconnaissent l'histoire de France, à moins qu'ils ne la manipulent. Ils voudraient cacher les us et coutumes de l'époque où sous la monarchie des hommes portaient des perruques, des talons, des robes, et des bijoux sans qu'ils soient considérés à l'époque comme non virils ou efféminés. N'ont-ils jamais vu le grand Napoléon Bonaparte, symbole de la virilité militaire, en jupe à l'âge de six ans ? Notre fameux proverbe "L'habit ne fait pas le moine" n'aurait donc aucune valeur.

Je ne pense pas que le PS ait pris la mesure de l'effet anti-capitaliste de la lutte contre les inégalités et les stéréotypes sexuels chez les enfants. Ce travail pourrait en effet aller dans le sens d'une lutte contre la prise d'otage de nos enfants par la société de consommation (gérée par les adultes) qui a tout intérêt à une différenciation sexuelle des goûts, des vêtements, des jouets, des loisirs, etc., dès le plus jeune âge. Les "anti-genre" travaillent-ils pour la poupée Barbie et le groupe Lego ?

  • Un "adulto-centrisme" typique chez les "anti-genre" ?

On retrouve cette maladresse des "anti-genre" vis-à-vis des adolescents chez Isabelle Ami qui, dans la vidéo dont vous avez puisé l'extrait, témoigne de l'expérience d'une de ses collègues du lycée. Cette dernière, ayant surpris deux adolescentes s'embrasser, n'avait rien trouver de mieux que de convoquer leurs parents. Etait-ce indispensable ? Une remarque, une interdiction de ne pas recommencer, n'aurait-elle pas été suffisante ? Ce type d'annonce publique, brutale, de la relation amoureuse de ses enfants, qui plus est, une relation homosexuelle, peut briser une famille, peut briser les adolescentes qui auraient préféré annoncer leur homosexualité elles-mêmes. C'est d'abord une affaire de famille. Mais Isabelle Ami s'en contre-fiche. De même que Farida Belghoul qui ne la critique pas sur ce point (sur aucun point d'ailleurs). ("Théorie du genre" à l'école P2) C'est à mourir de rire que de recevoir des conseils d'éducation de la part de ces gens là ! C'est à se demander si les enfants et les adolescents ne sont pas essentiellement le prétexte chez les "anti-genre" à une entreprise de propagande politique. La stratégie consistant à appuyer là où ça fait mal, sur les êtres qui nous sont les plus chers, en inclinant la tête sur le côté et en versant une larme, pour justifier au final la rage, la colère, la haine et la violence.

L'expression "théorie du genre" le signifiant et le signifié

Vous faites une confusion entre le contenant et le contenu, le signifiant et le signifié, entre l'expression et ce que les personnes qui l'utilisent y projettent comme signification. De même que la quenelle ne porte pas un sens intrinsèque et que ce sens dépend de la signification que les gens qui font le geste lui donnent, l'expression "théorie du genre" ne se comprend qu'en écoutant ce que les gens en disent. Je vous avez fait remarqué en début d'article que personne n'était capable de citer une définition de la "théorie du genre" émanant de ses théoriciens. Alors on essaie quand même, mais cela ne marche pas.

Najat Vallaud-Belkacem a répété à maintes reprises que cette "théorie du genre" n'existait pas. A l'exception d'une fois où elle reprend l'expression posée dans la question d'un journaliste. Peut être a -t-elle à ce moment là baissé la garde, la vigilance. En tout cas, si vous prenez la peine d'écouter la définition qu'elle en donne, vous remarquerez qu'elle n'a rien à voir avec celle donnée par Farida Belghoul ou les "anti-genre". Je rappelle que pour Farida Belghoul, la "théorie du genre" "Ça veut dire tout simplement que moi je peux être du sexe féminin et en même temps du genre masculin." ( "La théorie du genre" partie I sur ce blog)

J'avais démontré que Farida Belghoul appuyait sur le cas particulier de l'inversion des sexes pour susciter notre aversion (particulièrement de l'homosexualité masculine), négligeant le fait que "le changement de sexe" ou l'homosexualité ne sont que des cas minoritaires parmi tant d'autres, qui témoignent de l'existence opérante de la notion de genre ou de "rôle social des sexes".("Théorie du genre" Partie I") Car Jamais Farida Belghoul ne prend la peine de définir la notion de "genre". Elle fait un amalgame entre "théorie du genre" et "genre". Et je montrerai que vous le faite aussi. Voilà pourquoi on peut raisonnablement parler d'"anti-genre" pour désigner Farida Belghoul et ses acolytes. .

Nadia Vallaud-Belkacem donne une autre définition de la "théorie du genre": elle "explique "l'identité sexuelle" des individus autant par le contexte socio-culturel que par la biologie, a pour vertu d'aborder la question des inadmissibles inégalités persistantes entre les hommes et les femmes ou encore de l'homosexualité, et de faire oeuvre de pédagogie sur ces sujets". (12:03) Vous insistez sur le mot "vertu". Pourquoi ? C'est en effet une vertu que d'aborder la question des inégalités.

Ce que les "anti-genre" présentent comme étant une prescription morale ou immorale, une incitation à des pratiques homosexuelles, voire pédophiles, n'est rien de tout cela dans la bouche de Najat Vallaud-Belkacem. La notion nommée "genre" correspond à une "catégorie utile d'analyse historique" (Joan W.Scott ). C'est une notion heuristique, un outils scientifique qui permet d'analyser, de relever, d'étudier, la dimension autre qu'innée ou génétique, ou biologique, de la construction identitaire sexuelle et des rapports sociaux entre les hommes et les femmes. Avec la "théorie du genre" on passe d'un outils d'analyse à une prescription morale ou immorale en terme de pratiques sexuelles. C'est un "hold up mental" comme disait IAM. C'est un détournement de sens.

Donc le fait de reprendre l'expression (contenant) ne suffit pas à affirmer que le sens est repris (contenu). Je vous apporte d'autres preuves issu de "Théorie du genre" P3 (Blog) pour que ce soit bien clair pour tous nos lecteurs (les références bibliographiques sont dans l'article d'origine).

D'autres "théories du genre" ou "idéologies du genre"

Selon Ann Oakley dans les années soixante dix, "l'idéologie du genre" était diffusée par le courant fonctionnaliste en sociologie et dans la société. Cette idéologie est celle "du partage et de la complémentarité des rôles de sexe" selon Claude Zaidman qui présente l'ouvrage d'Erving Goffman. Elle correspond à "l'idée commune d'une nécessaire complémentarité sociale entre les sexes" (Note N°10 : pp.18-20) Ce qui semble être le point de vue de Faridha Belghoul, d'ER et des religieux. Autrement dit, on pourrait leur renvoyer l'expression "théorie du genre" comme un boomerang pour désigner leur conception des rapports sociaux entre les sexes. Le contenant est le même mais le contenu a changé.

Claude Zaidman dit à propos d'Erving Goffman (en 2002), qu'il présente dans son étude, une "théorie du genre" qui consiste à analyser l'agencement des rapports entre sexes", de réfléchir à la construction sociale du masculin et du féminin (...) La construction du système de genre à partir de l'observation des interactions entre hommes et femmes, dans diverses situations, dans une société donnée" (Note N°11 : p. 14) Dans ce cas précis, l'expression "théorie du genre" ne désigne pas une vision particulière des rapports entre hommes et femmes mais un outil d'analyse scientifique.

Enfin, Hochschild et Machung désignent comme des "idéologies de genre", "la représentation que se font l'homme et la femme de leur identité de genre, de ce qui relève des obligations et du comportement d'un époux ou d'une épouse." Elles distinguent le "modèle égalitaire" et le "modèle traditionnel" circonscrits à leur objet d'étude, c'est à dire le partage des charges domestiques. (Note N°12 : p.237)

Concernant la définition de la "théorie du genre" donnée par les "anti-genre", aucune, que ce soit celle de Farida Belghoul, d'Isabelle Ami ou d'Alain Finkielkraut, n'est la citation d'un "père fondateur", d'un scientifique ou de militants féministes utilisant cette "théorie". Contrairement à ce que je viens de faire, ils ne donnent aucune référence bibliographique pour une "théorie" dont on affirme l'existence avec fracas. Aucune trace de définition précise et stable que l'on pourrait se contenter de reprendre. Les opposants formulent des définitions dont aucune ne correspond exactement aux autres. Preuve supplémentaire du caractère factice de cette "théorie". Son contenu serait une invention.

La confusion entre "Théorie du genre" et "genre"

Lorsque vous introduisez le discours de Julie Saummaruga, vous dites que la députée du PS mentionne "explicitement encore une fois la théorie du genre" . C'est tellement explicite que la personne ne prononce même pas l'expression "théorie du genre" ! Elle parle de "genre". Vous faites et reproduisez un amalgame.

A propos de Laura Slimani "cadre" du PS. Là aussi cette dernière ne prononce par l'expression "théorie du genre" mais le mot "genre".

"Alors on se fiche de qui ? Cela existe ou ça n'existe pas?" dites vous alors. La réponse dépend de ce dont on parle. Laura Slimani crie haut et fort que le "genre" existe mais elle ne dit pas que la "théorie du genre" existe. Je la soutiens sur ce point sans quoi ce serait refuser la réalité et les découvertes faites de longue date en la matière. Un peu comme à l'époque on refusait d'admettre que la terre était ronde malgré les preuves. Refuser la connaissance, le savoir risque de nous replonger dans une forme d'obscurantisme. La religion n'est pas intrinsèquement obscurantiste. Je ne pense pas que l'islam ait peur du savoir et soit contre la modernité. Je parle de l'islam alors que je ne suis pas musulman alors j'espère ne pas être incorrect. En tout cas je ne pourrai l'être davantage que Farida Belghoul qui décide que les bons catholiques sont de droites et les mauvais de gauche ! (6 : 10 in http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=-I1OhNvJ4vY) De quelle droit ?

Tout ceci étant dit, je ne nie pas l'existence de problèmes. Je pense que la laïcité n'est encore une fois pas respectée. "Encore une fois" car je me suis déjà prononcé à propos du refus du port du foulard à l'école sur ce blog. Aujourd'hui on permet à des associations militantes d'intervenir au sein des écoles. Le gouvernement délègue son travail à des associations qui, mises en première ligne, vont recevoir les coups pour lui. On leur fait faire un travail qui devrait être fait par les professeurs et instituteurs. En cela, l'ABCD de l'égalité n'est pas critiquable, tandis que la place fait aux intervenants extérieurs peut éventuellement être analysée à la lumière du principe de laïcité. Je comprend l'indignation de certains, dont les musulmans qui ont eu a subir l'augmentation de l'islamophobie et une laïcité falsifiée. Deux poids, deux mesures encore ? Mais Farida Belghoul ne s'attaque pas sur ce point précis, qui est l'essentiel en fait. Faida Belghoul, professeur, paradoxalement pas pédagogue, ne pose pas les problèmes calmement, mais incite à la colère et à la haine en brandissant le diable pour susciter un consentement aveugle : "vaincre ou mourir ?"

A qui appartiennent nos enfants ?

Concernant, la question épineuse de savoir "A qui appartiennent les enfants" (Martine Sagalen, Talandier, 2010), je pense qu'il ne faut pas se braquer sur cette phrase, et faire l'effort de comprendre ce que la personne voulait dire. Et vous savez très bien que cette phrase avait longtemps été dénaturée par les "anti-genre", qui avaient pris le soin d'ajouter "ils appartiennent à l'Etat". Cette attitude est lourde de sens éthiquement parlant, car elle pose la question de "la fin justifie-t-elle les moyens ?" Et elle traduit selon moi un manque de respect des interlocuteurs. Les enfants dont on parle ont quel âge ? Sont-ce des nourrissons ou des adolescents de 17 ans ? L'enfant n'appartient-il pas aussi à la communauté, à la Nation, au lignage, au groupe de ses pairs, autant qu'à la famille nucléaire, et surtout à lui-même ? Sans parler de Dieu. Comment gérer cette "multipropriété" (M.Segalen)?

Dans une vidéo postée sur votre Facebook à la 10:43, le spécialiste de l'islam invité à Oumma TV, le Cheikh Zakaria Seddiki ( Note N°9) dit lui même que les enfants n'appartienent pas aux parents : "Ils n'appartiennent à personne. Ils appartiennent à Dieu (...) Mais cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de responsabilité des parents." Madame Rossignole n'a jamais dit à qui appartenaient les enfants. Elle a dit, comme le spécialiste de l'islam, qu'ils n'appartenaient pas aux parents. Alors pourquoi n'est-elle pas comprise ? Peut-être est-ce parce qu'on entend ce que l'on nous dit d'entendre. Nous devrions dépolluer nos esprits de ceux qui les envahissent et nuisent à leur autonomie de jugement en sollicitant non pas notre réflexion mais nos sentiments primaires.

Le poète Khalil Gibran dans son recueil Le Prophète exprime cette idée que les enfants ne sont pas les choses de leurs géniteurs :

"Vos enfants ne sont pas vos enfants / Il sont fils et filles du désir de Vie lui-même / Ils viennent pas vous mais non de vous / Et bien qu'ils soient avec vous, ce n'est pas à vous qu'ils appartiennent..." (cité par M. Segalen, Note N°8 : p.93)

A propos de l'école, je ne comprends pas comment Farida Belghoul peut reprocher à l'école de ne pas se contenter d'apprendre à lire, parler et écrire, et en même temps, souhaiter un retour du spirituel dans son enceinte. Je ne comprends pas non plus comment elle ose dire que la France est un pays chrétien ! La France est un pays de tradition chrétienne, c'est à dire avec des traits culturels chrétiens, et non un pays de religion chrétienne. J'ai parfois l'impression qu'elle se trompe de pays. C'est peut être de là que viennent tous les malentendus...

Deux enfants meurent par jour en France suite aux sévices de leurs parents. Peut-être que ces parents tortionnaires pensent que leurs enfants leur appartiennent tellement qu'ils en deviennent des objets. Et sans parler de l'inceste ! Et combien de victimes survivantes de ces sévices dont le droit s'effaçait devant le statut d'appartenance aux parents ? Savez-vous qu'elle est la première institution qui sonne la sonnette d'alarme quand elle constate les sévices ? L'école.

L'Art du chant classique persan vient juste de se terminer. je n'ai pas épuisé le sujet, je le sais. Il faut du temps. Une livraison m'appelle.

Cyclodynamiquement vôtre !

Lokidor

Bibliographie et liens

Note N°1 :http://www.lemonde.fr/societe/article/2005/09/09/le-suicide-revele-la-souffrance-singuliere-des-jeunes-homosexuels_687413_3224.html

Note N°2 : http://www.education.gouv.fr/cid59840/lutte-contre-discrimination-campagne-ligne-azur-2012.html

Note N°3 :http://www.egaliteetreconciliation.fr/Ligne-Azur-quelle-approche-de-la-sexualite-M-Peillon-propose-t-il-a-nos-enfants-21975.html

Note N°4 : http://www.ligneazur.org/?page=dico

Note N°5 : Muchielli, A. (1986), L’identité, Paris, Presses Universitaires de France

Note N°6 : https://www.youtube.com/watch?v=V0nC3ZO9Mko#t=659

Note N°7 : http://www.youtube.com/watch?v=f4GhI03utQs

Note N°8 : Martine Segalen, A qui appartiennent les enfants ?, Thallandier, 2010

Note N°9 : http://oummatv.tv/201590/dit-coran-theorie-genre