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Soral a une analyse subjective et opportuniste

, 15:04pm

Publié par Lokidor

Soral réagit au drame de deux gendarmes femmes abattues à Collobrières

Soral présente ce drame comme étant la conséquence de l'attribution à des femmes de postes ou de rôles pour lesquels elles ne seraient pas faites ou aptes, en l'occurrence ici un poste de gendarme. L'inaptitude tient selon lui à une inégalité physique et/ou biologique. Il insiste sur ce point en les nommant de « gendarmettes », c'est à dire de petites gendarmes, sous entendue fluettes (minces, fragiles). Pour se faire il souligne la force du tueur et la minimise en la comparant à lui, plus grand et plus lourd. Histoire de dire que le coupable n'était même pas physiquement imposant, et donc de maximiser la faiblesse physique de la femme : si elle se fait avoir face à une plume, qu'est ce que cela serait face à du plomb. Soral ignore donc que la densité physique compte plus que l'ensemble taille et poids. Autrement dit, un homme de 2m et 100 kg peut être moins puissant qu'un homme de 1m80 et 90 kg. Et en plus cela dépend de la masse graisseuse, et je passe les caractéristiques des fibres musculaires et de l'utilisation du corps dans les coups assénés, de la technique etc. Il semblerait que Soral ait pas mal de masse graisseuse.... y compris dans le cerveau. Selon Erving Goffman l'idée que toutes les femmes sont moins développées sur le plan musculaire que tous les hommes est "une opposition binaire étrangères aux faits biologiques ; car en réalité, la puissance physique implique plusieurs variables qui sont incomplètement corrélées et il est impossible de tracer une ligne départageant nettement les deux classes sexuelles." (Note N° 1 : p. 94-95) Plus tard dans la vidéo il critique la nomination à la sécurité du président, d'une femme cadre. Or dans ce cas précis, elle est cadre, elle organise la sécurité, elle l'administre, elle n'est pas au premier rang en cas d'affrontement. Donc la force physique n'entre pas en jeu. Donc c'est bien tenté...et cela permet d'entrevoir jusqu'où va selon lui l'inadaptation des femmes, ou leur spécialisation « naturelle ».

Soral n'a pas recherché les causes possibles et réelles de manière scientifique et/ou rationnelle. Il a en effet postulé de manière subjective que : il n'y a qu'une cause unique et cette cause est la féminisation de la société.

1/ Il n'y a qu'une cause unique.

Il n'y a pas toujours des causes aux effets et les effets peuvent avoir une ou plusieurs causes qui agissent de manières plus ou moins importantes. Ainsi, il est plus que surprenant que Soral ne mette pas du tout en cause l'inefficacité, voire la dangerosité des prisons françaises, pourtant condamnées par l'Union Européenne. De détention de stupéfiants et de vols avec violence, le coupable ressort de prison et devient meurtrier. On le sait : la prison c'est aussi l'école du crime. Mais Soral n'en parle pas. Soral n'envisage pas non plus comme possible cause l'organisation de la gendarmerie et les équipes en sous effectifs : les gendarmes étaient deux et pas trois... Il n'envisage pas non plus le refus du juge de faire une expertise psychiatrique. La mère ne voulait pas que son fils soit relâché (dans la vidéo), à juste titre peut on affirmer après coup. L'a-t-on fait pour désengorger la prison ? Y a t il eu une expertise psychologique du prisonnier ? Soral n'a t il jamais entendu ce type de problème relaté à l'occasion de drames de récidivistes ? En tout cas il n'en parle pas ! Soral envisage t il l'alcoolémie du coupable comme un élément intervenant dans le passage à l'acte meurtrier ? Que toutes ces éléments soient mis sous silence témoigne de l'approche non rationnelle de Soral, alors même que beaucoup le décrivent comme rationnel. En réalité, ils ont raison, sauf que sa rationalité a pour finalité de les tromper, voilà pourquoi il tait certaines choses qui contrediraient sa thèse. Ce drame est juste l'occasion pour lui de dérouler son idéologie. En cela il est opportuniste. Enfin, pour clore ce premier point, Soral semble ne pas envisager la possibilité d'un accident, c'est à dire d'un phénomène sans causes.... Les scientifiques le savent : il n'y a pas des causes à tout même si le commun des mortels a besoin d'être rassuré en désignant des causes. Pourtant le caractère exceptionnel du drame ouvre cette possibilité de l'accident. Ce qui nous amène au second point.

2/ La cause est la féminisation de la société. Si les femmes n'avaient pas leur place dans la gendarmerie, pourquoi ce drame est-il une exception ? Car il est une exception, ne serait ce que médiatiquement. Or les media ont déjà tendance à gonfler l'importance des événements, statistiquement parlant, en terme de récurrence . Si vous pensez le contraire, prouvez le ! Deux réponses possibles à la question : ce drame est une exception parce qu'il n'y a pratiquement pas de femmes dans la gendarmerie. Ou alors parce qu'avoir des femmes gendarmes ne posent pas de problèmes majeurs (Et si cela pose des problèmes mineurs ou non dramatiques, prouvez le). La première réponse ou hypothèse, les femmes sont rares dans la gendarmerie, peut signifier soit que la féminisation ne touche pas la gendarmerie, auquel cas le choix de prendre ce drame comme révélateur ou étendard (idéal-type en sociologie wéberienne) du danger de la féminisation de la société est non pertinent ; soit que plus globalement il n'y a pas de féminisation de la société. Or on sait qu'il y a des femmes dans la gendarmerie en nombre non négligeable, et qu'il y a une féminisation de la société. On parlera plus tard de ce que l'on peut entendre sous ce terme de féminisation. Donc l'on se porte vers la seconde réponse, c'est à dire l'hypothèse qu'avoir des femmes gendarmes ne posent pas de problèmes majeurs. Ceux qui ne sont pas d'accord n'ont qu'à rapporter statistiquement des faits de drames policiers attribués rationnellement à la présence des femmes dans ce secteur. Ce que ne fait pas Soral lui même bien entendu, et ceci rationnellement en finalité puisque le but est de tromper. La finalité est rationnelle et tout les moyens sont bons pour y parvenir, même les moyens irrationnels... comme généraliser à partir d'une exception.


Soral n'analyse pas la réalité, il saute juste sur un fait divers pour propager son idéologie. Tout comme il parle de la mère du tueur comme s'il la connaissait : il dit qu'elle est dans les "valeurs" de l'Islam. Qu'en sait il ? Suffit il qu'elle condamne la violence de son fils pour affirmer cela ? Et y a t il un seul Islam ? Une seule façon d'aborder l'Islam. N'y a t il pas des sunnites, des chiites ? N'y a t il pas des territoires musulmans dont la culture n'est pas réductible uniquement à la religion ? Car si tel était le cas alors les marocains, les tunisiens et les algériens auraient exactement les mêmes traditions, la même culture !

Soral parle pour les autres. Ainsi il décrit l'individu comme étant devenu tueur parce qu'il se serait éloigné des "valeurs de l'Islam" ! Mais que sait il de la personne ? A partir de son nom maghrébin, de sa couleur de peau? Il essentialise l'individu et le réduit à un "être musulman", fait pour l'Islam, comme génétiquement fait pour. Mais cette personne est peut être née en France et à grandit en France : il est français. Soral confère des attributs aux individus à partir de leur origine géographique, de leur nom et de leur couleur. Vous remarquerez qu'il accuse la gauche de « racialiser la délinquance » . Or c'est exactement ce qu'il fait, sauf qu'au lieu de tout expliquer directement par la race, il explique par les origines géographiques, culturelles et surtout religieuses qu'il attribut de façon mécanique et systématique et réductrice à toute personne ayant un un faciès et/ou un prénom et nom à consonance maghrébine. En réalité, cela revient au même puisque à partir du nom ou du faciès, il donne des attributs. Est-ce si différent de l'Islamophobe qui voit derrière un barbu maghrébin un intégriste terroriste? Ainsi, en absence de l'Islam, le maghrébin devient délinquant et violent. Il souligne la différence avec Marine Lepen qui attribut la délinquance et la violence à l'Islam, alors que lui l'attribue à l'absence de l'Islam. Mais ce qui relie les deux c'est de présenter l'Islam comme étant inhérent à certains individus, comme leur étant indétachable, comme le sang qui coule dans les veines, un Islam biologisé. Et encore nous n'entrons pas dans sa manière de concevoir cet Islam.


Avez vous remarqué la mise en scène de la vidéo ? Cela commence par le journal télévisé. La scène la plus difficile est d'entendre la douleur de la mère. Et intervient Soral qui dit d'entrée que c'est une « tragédie ». Donc, Soral ne nous met pas dans des conditions saines pour une analyse rationnelle et sereine. Non, le drame nous incite à la révolte et à la colère. Ainsi il a ouvert la porte à la crédulité, c'est à dire le fait de croire trop facilement. Le responsable du montage, de la forme, n'est pas innocent. Il aurait pu simplement relaté à l'oral les faits. Avez vous noté que le drame a eu lieu dans un village : Collobrières, 1.710 habitants ? Que le journaliste souligne que le coupable a grandit ou vient d'un quartier défavorisé! Comme pour dire que sa violence vient de là.... Le nom du quartier est cité. Merci pour les gens du quartier au passage ! il s'agit d'un raccourcit idéologique que nous connaissons bien et qui ne cesse de présenter les quartiers et les gens qui y vivent comme des délinquants violents.

Si le coupable avait grandit dans un quartier chic, le journaliste ne l'aurait pas souligné.

Merci pour les membres de la famille dont le journaliste cite le nom. Personnellement je n'ai jamais compris l'intérêt de donner le nom du coupable... Souvent on cite même son origine "ethnique"....

Bon bref, cette rhétorique sert très bien le discours de Soral puisque ce dernier essentialise les enfants d'origine maghrébines comme: musulmans (à sa façon, plus religieusement que culturellement d'ailleurs, et plutôt radicalement), délinquants et violents. Il essentialise tellement qu'il conçoit la personne d'origine maghrébine comme étant systématiquement à la dérive sans les "valeurs de l'Islam"; un peu comme une plante hors de sa terre d'origine. Voilà pourquoi il est pour le droit du sang et pas du sol. De l'essentialisation de l'individu à la biologisation du culturel..... Là on commence à toucher au fond de son discours, à son paradigme.... à la trame de tous ses discours.

Je trouve honteux cette vidéo et son intervention. Pourquoi ? Parce qu'il se comporte comme un idéologue charognard et manipulateur. En effet, il agit comme nombreux journalistes du sensationnel; il saute sur l'occasion d'un drame pour étayer son idéologie qui n'a rien à voir avec le drame.

Enfin pour terminer, la féminisation dont il parle ressemble plus à une démasculinisation de la société par les femmes qu'autre chose. Les féministes ne se battent pas pour que les hommes deviennent des femmes ou se comportent comme tels; mais pour que la femme ait les mêmes droit que l'homme.

Alors Soral fait le coup classique, en souriant : il amalgame l'égalité biologique avec l'égalité devant les droits. Mais bien entendu qu'un homme n'est pas une femme (moi aussi je souris). Autrement dit on ne peut être pour l'égalité entre l'homme et la femme ....d'un point de vue biologique. Par contre, devant les droits, la justice, oui on peut être pour. Si il fallait que l'égalité devant la loi découle de l'égalité biologique alors la première n'aurait jamais lieu, et on refuserait l'égalité des droits aux handicapés du fait de leur handicaps.... ou des noirs ou basanés du fait de leur couleur..etc... Voilà pourquoi la lutte féministe rejoint d'autres luttes. Si la culture, les lois, ne devaient être que la pâle reproduction de la Nature alors où seraient leurs intérêts ? L'homme ne serait qu'un animal. La culture et les religions ne participent elles pas à humaniser l'homme ?

Soral fait référence à la Nature pour justifier la domination masculine. Soral ne connait pas la Nature. Ce qu'il nomme “évidences” sont en réalités des a priori culturels. Prenons des exemples concrets :

  • il dit que le but de la séxualité est la reproduction. Or les études scientifiques des bonobos montrent que trois quart des relations sexuelles n'ont pas des fins reproductives mais sociales. Le but social est la réduction de l'agressivité. Soral devrait donc faire comme les bonobos...

  • il dit aussi que l'homosexualité est “anormale” et dysfonctionnelle. Qu'il sache que l'observation des bonobos révèle que la majorité sont bisexuels. C'est à dire qu'ils pratiquent aussi l'homosexualité.

Soral a t il des connaissances en génétique ? Sait il que les premiers êtres vivants asexués étaient plus féminins que masculins; que l'embryon humain ne devient masculin que par “défiminisation” lors du déroulement de l'ontogénèse. L' ADN humain est soit XX (féminin), soit XY (masculin), mais jamais YY, cela n'existe pas. Seule une petite proportion du chromosome Y modifie la physionomie pour construire le sexe mâle. L' ADN mitochondriale est 100% issu de la mère, or les mitochondries sont les centrales énergétiques des cellules. Elles sont à la base élémentaire de la vie . (In http://matricien.org/parente/matriarcat/animal). Peut-on au regard des connaissances scientifiques clamer la supériorité du masculin ou juste constater une différence ? Ce que prend Soral pour des “évidences” sont en réalité des a-priori culturels. Déconstruisez les a-priori et l'évidence tombe.

Dans une prochaine partie qui paraîtra en décembre 2013 nous verrons que la différence sexuelle est une évidence fondée biologiquement, mais que sa hiérarchisation au dépend de la femme est une construction culturelle (idéologique), qui a certes une valeur anthropologique mais pour autant trouve des expressions variées et n'est pas incontournable. L'Anthropologie s'attache à extraire de la diversité culturelle humaine ce qui est commun à tous. Par exemple, Levi Strauss a démontré que l'interdit de l'inceste était commun à tous, universel. Mais d'ores et déjà je pose la question suivante : la validité anthropologique de la domination masculine, autrement dit le caractère universel chez l'Homme de cette domination, permet-elle qu'on lui assigne un fondement "naturel" ou biologique, c'est à dire nécessaire à la survie de l'espèce humaine ? Et que penser des exceptions en ce domaine ? Confirment-elles simplement la règle ou témoignent-elles du caractère non systématique, non nécessaire, non "naturel" de cette domination et de la possibilité d'entrevoir une alternative ?

Bibliographie

E. Goffman, L'arrangement des sexes, traduit par H. Maury, La Dispute, 2002, Première édition originale en 1977.