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Vous avez dit laïcité ? Part 2

, 15:02pm

Publié par Lokidor

Vous avez dit laïcité ? Part 2

Le 28 mars 2013 à Toulouse j'ai assisté à une "conférence débat" avec Frédérique de la Morena et Jean-Michel Ducomte (voire Partie 1) intitulée : "Laïcité, condition et socle du vivre-ensemble". Le rassemblement avait lieu à l'Espace des diversités et de la laïcité. Il n'y avait pas eu de débat contradictoire ni entre les deux intervenants, ni entre les intervenants et les assistants. Grosso modo, tout le monde paraissait d'accord sur les principes et les applications de la laïcité. Personne ne s'opposait à l'expansion du champ de la laïcité, ni aux modifications de l'application des lois ou des lois elles-mêmes, etc. C'était consternant ! Cet "Espace" est le premier en France à regrouper organisations de lutte contre les discriminations et un Centre LGBT (Lesbienne, Gay, Bi et Trans), pour promouvoir la diversité et l'égalité des chances. Ce pseudo débat témoigne peut être de l'esprit général de cet Espace qui est celui d'insuffler la vision officielle et falsifiée de la laïcité au travers de personnes relaies. Cette interprétation récente de la laïcité est représentée officiellement par Alain Seksig, inspecteur de l'Education nationale, chargé de la mission Laïcité au Haut Conseil à l'Intégration (HCI). Il conseille l'Etat en la matière. Il est donc nécessaire d'analyser ses propos exposés dans le reportage "Vous avec dit laïcité ?" j'en profiterai également pour balayer certains aspects du débat de façon non exhaustive.

Le HCI amalgame religion et intégrisme

Nous allons commencer par le passage où il relate le cas des " deux jeunes collégiennes au collège Gabriel Abez de Creil" en 1989. Elles " (...) ont voulu rentrer dans le collège et assister à des cours en portant ce qu'à l'époque on appelait le foulard, par la suite le voile islamique." Nous avons déjà abordé l'importance des mots "voile" ou "voile islamique" (Partie 1). Monsieur Seksig, lorsqu'il dit "voile islamique", pense "voile islamiste" mais ne peut le dire pour des raisons déontologiques. Un représentant de l'Etat ne peut en effet amalgamer ouvertement religion et intégrisme religieux ; il ne peut dire ouvertement que les religions sont dangereuses et sont nos ennemies. C'est pourtant ce qui se lit entre les lignes lorsqu'il dit : " Les signes religieux ne sont jamais que le premier moment d'autres qui annoncent des durcissements de comportements. “ Le signe n'est (...) signe que par le fait qu'on peut interpréter sa signification" (Choisir le juste mot, Patrick Dupouey, Ellipses 2006). Alain Sekzig a donc donné son interprétation : la visibilité religieuse conduirait systématiquement à l'intégrisme religieux ("durcissements de comportements"). Elle en serait une condition suffisante. Si l'intégrisme peut être visible et/ou ostentatoire (possibilité), le moindre signe ou la moindre visibilité d'une croyance religieuse ne reflète pas systématiquement un intégrisme religieux. Ce postulat ne tient pas compte des enquêtes qui révèlent la polysémie du port du voile, ni de notre patrimoine proverbiale : "l'habit ne fait pas le moine". Car le foulard ne fait pas l'intégriste. Exiger d'une religion qu'elle soit invisible (sans signes) revient à interdire la religion, à la mettre au banc de la société. Peut on imaginer la croyance en une religion sans manifestations dans le "vivre ensemble" : la manière de se tenir, le rapport au corps, manière de se saluer, d'être solidaire, ses fréquentations, de s'habiller, ses activités, la nourriture etc. Car la notion de signe n'englobe pas que les vêtements. C'est bien parce que la barbe musulmane n'est pas un vêtement qu'on ne l'interdit pas dans les espaces publics. C'est certes aussi parce que les musulmans ne sont pas les seuls à porter une barbe et qu'on ne veut pas pénaliser tout le monde. Le jour où le foulard sera également une mode non religieuse, peut-être cessera-t-on de l'interdire... La religion n'est pas une activité sportive que l'on pratique dans sa cave une fois par semaine, en prenant soin de se changer dans le vestiaire !! Les signes ou les manifestations visibles ne sont pas incompatibles avec le "vivre ensemble" dans le respect des différences. Ils ne mettent pas en danger la laïcité mais sont l'expression de la laïcité. Tout signe ou manifestation visible religieux ne constitue pas un acte prosélyte et intégriste. Certains le sont certes et il faut les condamner. Mais il est plus sûr et plus juste de condamner un comportement qu'un vêtement. Car le risque est de condamner la majorité à cause d'une minorité. Alors pourquoi agit-on de la sorte ? Parce que le but est de condamner la majorité et que la minorité sert de prétexte. C'est pour cela que le laïcisme est née et que l'on est passé de la condamnation des actes religieux ostentatoires à la simple visibilité religieuse ostensible, ainsi qu'à l'expansion de l'espace d'application de la laïcité. Le but étant de présenter l'islam comme incompatible avec la laïcité, alors qu'il l'est seulement avec la laïcité falsifiée. C'est peut être également pour cela que Nicolas Sarkozy fit entrer les Frères Musulmans à l'UOIF de manière non démocratique : si les représentants sont intégristes alors les représentés seront considérés comme tels. Comment expliquer également que Tareq Oubrou soit présenté comme intégriste par Caroline Fourest et que l'Etat lui décerne la Légion d'Honneur ? Cherchez l'erreur ... Ne nous étonnons pas de ce que nombreux sont les français musulmans qui rejettent ce que nos politiques appellent "l'Islam de France". Vu ce qu'ils en font, ce n'est pas surprenant. Les frontières entre religion et intégrisme ont été rendues floues. Le journaliste télévisé dans le reportage parle de fil qui sépare les deux et assimile le port du voile à de l'intégrisme, .

Le musulman français ramené aux pratiques de l'Islam à l'étranger

L'amalgame laisse entendre à l'impossibilité pour les musulmans de se conformer à la laïcité. La laïcité sert d'alibi parmi d'autres pour stigmatiser et rejeter une partie des français, que nombreux considèrent comme étrangers. Il suffit de participer aux discussions de salon de coiffure ou de bistrot pour s'en rendre compte. L'autre jour, j'aborde le sujet chez le coiffeur, une dame répond : "nous quand on va chez eux, on s'adapte, on ne s'habille pas n'importe comment". Le français d'origine maghrébine est ramené au pays des origines. Là bas c'est chez lui. Ici, il est comme un touriste qui devrait s'adapter !!! Et ce discours se retrouve dans la bouche du représentant du HCI lorsqu'il dit : “ Qui aujourd'hui de part le monde réclame que les femmes portent le voile ? Qui ? Quel(s) régime(s) ? Et cela s'accompagne de quelles pratiques au quotidien dans les relations sociales. Qu'on réponde à cette question.” Je réponds : les frères musulmans et les Salafistes dont l'idéologie a infiltré l'UOIF grâce à nos politiques ; cela s'accompagne d'une restriction des libertés chez les femmes avec des atrocités telle que le droit à la lapidation. Voilà pour réponse. Mais en quoi le fait de ramener les musulmans français à ce qui se passe dans des pays musulmans étrangers, est-il pertinent ? Pourquoi ne pas faire le même concernant les "révolutions arabes" motivées par une vague d'aspiration à plus de liberté ? Les politiques souhaitent impulser, ce qui est contraire à la laïcité, un "Islam de France". La neutralité de l'Etat laïc l'interdit pourtant. Alain Sekzig craint-il vraiment l'arrivée de la lapidation en France ou importe-il des pratiques et des problèmes étrangers à la France afin de diaboliser l'Islam et les musulmans de France ? Sarkozy l'avait fait en débattant avec Tariq Ramadan. Débattre de la justification de la lapidation en Islam avec un étranger non représentatif des musulmans de France, appartenant aux Frères Musulmans, était insolite alors qu'il n'y a jamais eu de lapidation islamiste en France. Il n'y a pas non plus l'équivalent d'un pape dans l'Islam qui dicterait la bonne parole et les bonnes pratiques au delà des frontières. Tariq Ramadan n'est pas le pape : c'est un équilibriste. Les musulmans de France doivent-ils porter le poids des intégrismes du monde entier ? Il n'y a pas meilleur façon de diaboliser leur religion et de développer l'islamophobie. Il est une prophétie mondiale qui dit que la guerre de civilisation approche. Une prophétie déclarée par ceux qui ont une tribune : intellectuels et politiques dont les discours sont relayés par les media. Les attentats du onze septembre 2001 ont servi de tremplin ou d'opportunité pour justifier des invasions et des massacres : Irak, Afghanistan, Tchétchénie , poursuite de la colonisation en Palestine, etc. Quand on agit et se comporte en fonction d'une fiction que l'on prend pour une réalité, on prend le risque de créer cette réalité. On parle alors de prophétie auto-réalisatrice.

La prophétie auto-réalisatrice

Jean-François staszak définit ainsi la prophétie auto-réalisatrice ((www.unige.ch/ses/geo/collaborateurs/publicationsJFS/ProphetiesAutorealisatrices.pdf) : "(...) une assertion qui induit des comportements de nature à valider cette assertion." La prophétie auto-réalisatrice qui agite le drapeau du danger intégriste n'est pas spécifique à la France, et c'est bien le problème dans un monde mondialisé : elle est internationale. Elle a profité d'un événement catastrophique que sont les attentats du onze septembre 2001 pour justifier des opérations guerrières et géostratégiques n'ayant en réalité aucun rapport avec un danger réel. Souvenez vous des mensonges concernant les armes nucléaires en Irak. La preuve que cette prophétie sert des intérêts.Ce faisant, l'intégrisme augmente parce que des gens blessés par les violences en arrivent aux extrêmes pour se défendre. C'est le même processus que le racisme : des juifs revendiquent d'autant plus leur judéité que l'antisémitisme est fort, sauf à en arriver au gouvernement de Vichy et à leur extermination par les nazis. La prophétie de la guerre de civilisation entre l'Orient et l'Occident, entre les judéo-chrétiens, les juifs et les musulmans ne fait pas dans la dentelle : les musulmans sont tous des intégristes potentiels. Les musulmans revendiquent leur religion et leurs particularités d'autant plus qu'on les stigmatisent et les excluent. C'est une manière de résister à l'effacement de son identité. "Je suis comme je suis et fière de l'être. Je suis fière de mes origines." on assiste alors à des provocations. Ce qui permet à Jean-Michel Ducomte de dire : "Ils veulent tester la résistance du modèle de la laïcité française". En réalité il devrait dire : ils veulent tester la pertinence du laïcisme français, et font de la résistance face à leur exclusion." Frédérique de la Morena a vraiment tort d'ignorer cette composante et ce processus identitaire. Il est au coeur du problème. Il nous permet de formuler une réponse différente à celle d'Alain Sekzig, à la question : pourquoi sommes nous passé de 2 cas à 5000 cas "port du voile à l'école" ?

Application au cas français

Alain Seksig dit que l'importance de l'événement avait été sous-estimée en 1989 par nombreuses personnes qui critiquaient l'interdiction. Il pense le démontrer par l'évolution quantitative du phénomène "port du voile à l'école" : " Eh oui ! Y en avait deux, puis y en a eu 100, puis 200 puis 500, y en a eu 5000." D'un point de vue quantitatif il est incontestable que deux cas de "port du voile à l'école" était un phénomène exceptionnel. D'autant plus que les élèves étaient de la même école et qu'elles étaient exclus au même moment : deux voiles pour un seul événement (Larousse : "phénomène considéré comme localisé et instantané, survenant en un point et un instant bien déterminé"). Seksig ne peut donc raisonnablement réfuter l'appréciation d'événement négligeable que s'il parle de celui-ci d'un point de vue qualitatif. Autant la dimension quantitative est matérielle et irréfutable, autant la dimension qualitative d'un objet social dépend de l'appréciation de celui qui l'appréhende. Bien venu dans le monde de l'apparence et de la subjectivité. Certains percevaient donc l'événement comme crucial, important, grave, dangereux, mettant en péril la République, la laïcité. Ils avaient peur et "la peur de l'objet engendre l'objet de la peur", dit le proverbe bouddhiste résumant à sa façon le principe de la prophétie auto-réalisatrice. Ce discours, bien que minoritaire quantitativement ("Il a fallu quinze ans pour que d'une position qui était somme toute assez minoritaire, y compris chez les politiques, devienne archi majoritaire"), a dominé qualitativement. Il est fort probable que sans les projecteurs, l'événement serait resté dans l'ombre de la discrétion ("même pas un détail") et qu'en avoir fait sa publicité ait contribué à accroître le nombre de cas d'élèves se présentant à l'école voilées. Le discours dominant mais pas majoritaire qu'est le discours politique et de certains intellectuels, relayés par les media, à participé à la naissance d'un problème. La sur-estimation initiale du problème et les mesures qui ont suivies jusqu'à aujourd'hui n'ont fait qu'amplifier les revendications identitaires de tout bord. Du côté musulman, on a vu l'intégrisme s'affirmer et son extension, le terrorisme, se manifester (Affaire Mohamed Mehra entre autres). Parmi les mesures dictées par la peur de l'autre, il y a celles qui touchent à la laïcité et qui, par l'exclusion et la stigmatisation, ont contribué à l'augmentation des cas de "port du voile à l'école" , qu'on devrait désormais appeler "tentative de port du voile à l'école" puisque ce dernier est aujourd'hui interdit. Alain Sekzig et ses acolytes n'ont donc pas été visionnaires : ils ont été les acteurs de la prophétie auto-réalisatrice. Ils ont été les ennemis de l'intérieur de la laïcité.

Ennemi de l'intérieur

"Moi dans ma carrière par exemple avant 89, jamais jamais jamais je n'ai eu à traiter de questions relatives à la laïcité, à des atteintes, à ce que je pouvais considérer comme des atteintes aux principes de laïcité." Qu'il y ait un retour du religieux dans les sociétés occidentales, que les français musulmans soient plus nombreux et plus visibles, est une réalité. Mais c'est surtout un droit dans un pays de liberté. Que cela en dérange certains ne leur donne pas le droit d'interdire, de restreindre la liberté de l'autre. La liberté des uns s'arrête à la liberté des autres. Alain Sekzig vit mal le changement et a développé l'intolérance vis à vis d'une frange de la population française. Il est perturbé par la diversité. Et ceci ne lui est pas propre. Il faudra parler du racisme ordinaire et de la montée des extrêmes droites en France. Le fait de modifier les principes de la laïcité, et les lois qui les protègent, n'est pas la preuve que la laïcité était mise en danger par l'extérieur : c'est juste la manifestation d'un rapport de force entre les acceptions classiques de la laïcité, et l'acception nouvelle et extrême qu'est le laïcisme. Ce laïcisme n'est pas une réaction à la rage identitaire, pour faire référence au reportage de Caroline Fourest, Les enragés de l'identité : il en est une composante à part entière. Il y a un refus de la diversité. Même notre ancien président Sarkozy était pour une laïcité catholico-centrée. D'autres sont anti-religieux et/ou prônent un athéisme de masse. Ils veulent l'uniformisation. Le danger vient donc de l'intérieur ; il y a un ennemi à l'intérieur de la laïcité. Sekzig réserve le mot "ennemi" pour l'extérieur. C'est normal qu'il ne veuille pas se définir comme l'ennemi de la laïcité, alors qu'il a pour tâche de la promouvoir. Il formulera donc ainsi les antagonismes : "Elle n'a plus d'ennemis la laïcité (c'est à dire depuis les nouvelles mesures ; sous entendu : ennemis de l'extérieur"). C'est simplement en son sein que les acceptions sont différentes, voire divergentes par endroits (j'ajouterai "voire opposées" donc ennemies).

Levons la contradiction signalée par Alain Sekzig

“Si réellement ça a si peu d'importance que ça, ça ne devrait pas plus en avoir pour ceux, pour celles et ceux qui le revendiquent. Pourquoi devrions considérer, nous, que cela n'a pas d'importance, nous qui voulons faire appliquer le principe de laïcité, si ceux qui le portent.. hein... nous disent : “ah bah si on, nous, ne l'avons pas, si on ne le portait pas c'est comme si on nous niait,purement et simplement, nous étions nus. Alors nous il faudrait que l'on considère que ça n'a pas d'importance quand les personnes qui le revendiquent que ça a plus d'importance que leur vie même (léger rire dans la voix), que ça englobe leur vie même. Y a quand même là une contradiction qu'il faudrait lever.”

Pour lever la contradiction, résumons d'abord les deux affirmations supposées contradictoires : le port du voile “a si peu d'importance”; le port du voile “a de l'importance”. Ces deux affirmations seraient contradictoires parce que émises par les mêmes personnes : celles qui portent le voile et ceux et celles qui s'opposent à son interdiction. Seksig fait de la sophistique. Il feint d'ignorer que la première affirmation s'applique à la laïcité en danger, et la seconde à l'identité des individus qui le porte. Autrement dit on pourrait compléter les affirmations comme cela :

1: le port du voile “a si peu d'importance” pour ce qui concerne le respect de la laïcité. Il ne met pas en danger la laïcité. Contrairement à ce que l'on dit (le pouvoir et les media). On en fait tout un plat alors qu'il a “si peu d'importance”.

2/ le port du voile a de l'importance “pour nous qui le portons parce que c'est notre intégrité, notre authenticité, notre identité, notre religion, notre culture, notre liberté qui sont atteints par son interdiction.

Voyez comme il fait un raccourcit pour montrer la stupidité, la mauvaise foi des opposants. Notez le léger rire dans la voix quand il dit : ça a plus d'importance que leur vie même (léger rire dans la voix), que ça englobe leur vie même.” Un anti-religieux ne peut en effet que se moquer de ceux qui accordent tant d'importance à la religion. On retrouve la laïcité philosophique développée dans la première partie. Et on note le mépris d'Alain Sekzig vis à vis de la souffrance des victimes du laïcisme.

La sous-France

Rappelez-vous du concept de “tyrannie uniformisatrice de l'opinion” développé par John Stuart Mill (Mill, 1990) qui se méfiait d'une "opinion publique intolérante à l'égard de toute espèce de différence.” (ibid) Cette opinion publique travaillée au corps depuis plus de vingt ans. Cette tyrannie est possible parce qu'elle s'appuie sur une absence d'empathie vis à vis d'une frange minoritaire de la population. Il existe en effet des souffrances inaudibles. Les souffrance de la sous-France . On le voit à l'extrême dans le cas des populations Roms de France à propos desquels je ferai un article prochainement : si proches et pourtant si lointains ; on ne les connait pas. Comment expliquer autrement le comportement de certaines féministes qui condamnent la femme voilée alors même qu'elles devraient, dans leur logique, la considérer comme victime ? Comment comprendre l'indifférence des adeptes du laïcisme aux souffrances morales des jeunes filles voilées, des mères accompagnatrices et de leurs enfants victimes d'insultes racistes dans la cour de récréation ? Pourquoi les témoignages des personnes voilées ne sont que très rarement pris en considération ? Les quelques livres autobiographiques ou non qui ont été publiés, n'ont rien changé au fait que "dans le débat public, les voix et le ressenti des jeunes musulmanes voilées ont été ignorés, en tout cas laissés de côté." (V. Amiraux) La preuve en est que la polysémie du voile est encore trop souvent ignorée. Jean-Michel Ducomte ose ainsi affirmer que les deux seules motivations au port du niqhab qu'il dit "insupportable" d'un point de vue de la vision de la femme, sont la contrainte et la provocation. Tout en critiquant l'existence d'une forme de laïcité comme moyen de rejet culturel, il manifeste lui même ce type de rejet fondé sur la non connaissance de l'autre et la caricature. La sociologue canadienne Valérie Amiraux dans son étude L'affaire du foulard en France (http://www.cerium.ca/IMG/pdf/Amiraux-foulard.pdf) aborde le problème du manque d'empathie pour les victimes qui portent le voile. En voici quelques extraits : "Une indignation unanime est impossible. (...) Il n’y a pas d’évidence partagée, pas de mobilisation possible autre que dans le contexte d'une orientation contre ou en défense du projet de loi. (...) Plus d’affects, davantage d’émotions auraient pu, par exemple, encourager l’enrôlement de plus de soutiens dans la mobilisation contre le projet de loi. " "Si la proximité spatiale et temporelle et la similitude sont les conditions de possibilité de la compassion des uns pour les autres (Audi, 2008), l’incapacité à recevoir et reconnaître l’épreuve de souffrance tient à une incapacité à concevoir que ce qui leur arrive pourrait nous arriver aussi.(...)"

Conclusion

La solution a cette indifférence, voire au mépris de la souffrance de la sous-France (car considéré comme des citoyens de second rang), au mépris de l'autre, notre prochain, notre compatriote, notre frère d'humanité, notre soeur d'humanité, est le "vivre ensemble" dans la diversité visible. Apprendre à se connaitre et à respecter l'authenticité de chacun. Cela ne se fait pas dans la démarche intellectuelle : il faut de l'action et du partage. C'est pourquoi j'encourage Alain Sekzig a rencontrer et à partager des tranches de vie avec les victimes du laïcisme. Qu'aurait dit l'Abbé Pierre, considéré parmi un des plus appréciés par les français , de l'indifférence générale ? Et que fait le Pape, représentant des catholiques, pour appeler à plus d'humanité, à tendre la main à nos frères musulmans ?